"MUSIQUE LITTERAIRE' ET 'POESIE MUSICALE' DANS LA CHINE ANTIQUE"
LUCA BONVINI: Guqin
XU HONG: Voix récitante
LA CITHARE ANTIQUE A SEPT CORDES DE SOIE
Suivant la tradition, l'invention du Qin est attribuée aux ancètres de la culture chinoise, les mythiques empereurs Fu Xi, créateur des trigrammes du Yi Jing, et Shen Nong, littéralement 'Le Divin Travailleur' (ou l'Ouvrier Divin) Déjà à l'époque de Confucius ( 5ème siècle A.C.) on jouait du Qin, en solo ou bien accompagné par le chant du musicien. Pour les adeptes de Confucius comme pour les Taoistes, le Qin était considéré l'instrument à travers lequel cultiver la propre vie intérieure en canalisant les émotions pour leur donner une forme musicale. Grace à cette valorisation de l'instrument de la part du Confucianisme et du Taoisme, le Qin est devenu l'instrument préféré des lettrés chinois qui l'ont toujours pratiqué durant leurs réunions en mème temps que la calligraphie, la peinture, les échecs chinois et, naturellement, la poésie. Mème si l'on a retrouvé des restes d'instruments très semblables au Qin qui ont été datés du 5ème siècle A.C., les premières descriptions précises de l'instrument remontent au 2ème siècle D.C.: depuis lors, les mesures détaillées du Qin ont été respectées par les constructeurs. Les dimensions canoniques et le caractère symbolique assigné depuis toujours aux diffèrentes parties du Qin en font un véritable instrument cosmologique: un microcosme à l'image de ce macrocosme qu'est l'univers.
Traduction des poèmes et des fragments littéraires par G.Goormaghtigh
LUCA BONVINI
Après quinze ans de carrière musicale comme soliste de musique Antique, Classique, Contemporaine et Jazz à un niveau international, il ajoute à son répertoire de chercheur musical l'expérience de l'antique Cithare chinoise à sept cordes. Après en avoir commencé l'étude avec Yang Lining pendant un séjour de travail à Paris en 1990/91, il a continué avec le maître de celle-ci, le célèbre Li Xiangting, alors résident à Londres. Il se transfère ensuite a Pékin en 1993 pour un approfondissement au Conservatoire de Musique Traditionnelle chinoise avec le maître Wu Wenguang; il profite par la suite de ses deux ans et demi de séjour en Chine pour rencontrer et devenir l'élève temporaire de maîtres provenant de diverses écoles traditionnelles de cithare comme Wu Zhaoji à Suzhou, Zheng Minzhong à Beijing, Gong Yi à Shanghai. Il a participé aux grands meetings internationaux de la Société du Qin dont il fait partie depuis 1994, rencontrant des maîtres provenant de toutes les régions de la Chine. Parallèlement à l'approfondissement continu de la tradition, il a commencé à proposer une série de projets musicaux qui tendent à inscrire l'esthétique et l'idéologie de la musique pour Qin dans l'espace du son contemporain, proposant entre autres l'association de l'instrument avec un groupe de chambre contemporain, qui a débouché sur l'exécution d'un morceau de Giulio Castagnoli "Fioriture" pour le festival "Musica Presente" du Théatre Alla Scala, à Milan. Fait partie de l'ensemble Fleurs de Prunus dirigée par François Picard avec le quel ha enregistrée le CD Hymnes a Confucius, et a jouée en concert dans une création avec l'ensemble Itinéraire a Paris et a la Maison de la Musique de Nanterre. En collaborant avec le peintre chinoise Shi Ruguo a donnée plusieurs représentation de musique et peinture chinoise au Château de Maisons-Laffitte. .
XU HONG
Née à Pekin le 19 Novembre, 1959. Diplomée à la faculté de Médecine de Pekin en 1983, elle a ensuite entrepris une activité d'écrivain et s'est diplomée en Lettres à l'Université du Peuple de Pékin en 1991.
Elle a publié des livres de poésies et de nouvelles en ChinePopulaire, et est devenue membre de la Société Chinoise des Ecrivains. Elle a collaboré avec de nombreux journaux de Pékin et d'autres villes chinoises; ses poésies et nouvelles brèves ont été publiées à Taiwan et aux Etats-Unis. Elle collabore actuellement avec le journal chinois "Le Temps Europe Chine".
LA MUSIQUE POUR LA CITHARE ANTIQUE
La musique pour le Qin a été definie comme le "peindre avec des sons". Un haut niveau d'attention et de contrôle de la part de l'executant sont essentiels pour la transmission parfaite de la couleur des émotions les plus raffinées. Chaque morceau est transcrit de manière détaillée dans une particulière tablature qui décrit jusqu'aux plus petits vibrato et glissés et tous les mouvements de doigts de chacune des deux mains. Chaque doigté a un sens qui se réfère à un événement naturel,et une valeur cosmique (par exemple une valeur Yin ou Yang). Mais les tablatures ne donnent aucune indication relative au rythme et à la hauteur des notes, et donc traditionellement l'élève ne peut apprendre les morceaux que par transmission orale de la part d'un maitre. La musique est toujours thématique et le programme de ce concert se propose d'évoquer quelques-unes des images typiques du répertoire traditionnel.
GUIDE POUR L'ECOUTE ET LA LECTURE
La majeure partie des citations relatives à des instruments de musique dans la littérature et dans la peinture classique chinoise se réfère au Qin. Poèmes, traités théoriques et descriptifs sur de nombreux aspects éthiques et estétiques de sa musique, toujours écrits en utilisant un langage extrèmement cultivé et très poétique sont disséminés tout au long de deux mille ans d'histoire. Le dernier poème, peut-ètre, est celui qui, composé en écoutant les notes de la cithare de son compagnon, est lu à la fin de ce concert par l'auteur lui-mème: Xu Hong. Les longues et délicates cordes de soie demandent un accordage fréquent et, entre deux morceaux, les règlages de l'Harmonie du Ciel, basés sur des sons harmoniques produits par l'instrument, sont nécéssaires pour maintenir cette "Harmonie du Milieu" dont l'instrument est le propagateur. Nous pouvons profiter de ces moments de mise au point des sons "célestes" pour nous approprier un fragment littéraire infinitésimal qui enrichira l'écoute des "peintures musicales" proposées.
Le Programme
(*=morceau musicale, **=poème recité)
LES EMOTIONS DES HOMMES
"Lorsqu'on accorde l'instrument, les notes yue et yu sont d'abord jouées ensemble, puis gong et zhi ajustées l'une à l'autre. Les cordes, contrôlées une à une, peuvent alors vibrer en accord. Quand haut et bas correspondent parfaitement, la richesse des sons se révèle tout entière, leur harmonie nous gagne et nous comble de joie."
Ji Kang
**Lune à la frontière
Une lune brillante se lève sur le Tianshan
et plonge dans un océan de nuages.
Le vent qui souffle sans arrêt sur des milliers de lieues
sengouffre dans le défilé de la Porte de Jade.
Larmée des Han est descendue par la route de Baideng,
des hordes barbares les guettent près du Qinghai.
De ce champ de bataille
personne nest jamais revenu vivant.
Les hommes de la garnison voient au loin la frontière
en pensant au retour leur visage sassombrit
Dans les chambres hautes ce soir
Sans trêve les épouses soupirent.
Li Bai (Dinastie Tang)
*GUAN SHAN YUE (Lune à la frontière)
La même lune brillante qui se lève sur la montagne fait sentir des émotions au guerrier loin à la frontière comme à sa femme dans la campagne chez elle.
"L'instrument est frais au toucher, les cordes ajustées. J'ai le cur dispos et les mains déliées. Mes doigts obéissent à mes moindres pensées, mon jeu est entièrement commandé par l'idée.
Ji Kang
**Lautel de la cithare
Sur lautel, une cithare élégante,
un sage y cultive la voie.
Quand il joue, le temps sabolit.
Il ne recherche pas les sons,
seul le sens compte pour lui.
Dans la forêt profonde le vent sest tu,
les nuages disparaissent, voici la lune.
Il caresse les cordes, une mélodie surgit
qui aussitôt nous purifie lesprit.
Wu Zhongfu (Dinastie Song)
"Mais qui n'est pas ouvert et détaché ne trouve pas sa joie dans le qin. Qui n'est pas profond et paisible, ne peut vivre en sa compagnie. Qui n'est pas libre et affranchi ne sait s'y adonner sans entrave. Et qui n'est pas pénétrant n'en saisit point le sens intime."
Ji Kang
**Ecrit sur le mur de ma bibliothèque
Tout au long du jour, pas dautre pensée,
la pureté seule me comble.
Les bambous crissent sous la neige,
le torrent se cache dans la brume
Appuyé à ma petite table plusieurs fois je soupire
et sans rien dire je me confie à la cithare.
Saviez-vous quen partageant notre solitude,
nous sommes devenus tous deux de grands amis?
Wang Zhou (Dinastie Tang)
*YI GU REN(En souvenir d'un vieil ami)(Epoque Ming?)
En souvenir d'un vieil ami, de l'ancêtre, du maitre.
LA GRANDE NATURE
"L'orsqu'un homme de caractère joue du qin , chaque note, chaque résonance découle d'une intention précise"
Xu Shangyin
**Face à la cithare
Face à la cithare que je ne vois plus,
joublie linstrument, pour saisir la musique.
Assis longuement, jécoute mourir les sons.
Un nuage passe à la cime de larbre.
Seng Ming Xien (Dinastie Yuan)
*PING SHA LUO YAN(Oies sauvages sur le banc de sable)(Epoque Ming 1634 ca.)
Une vol d'oies sauvages s'approche lentement à l'horizon sur le grand fleuve. Ils viennent vers le banc de sable blanc, ils répétent plusieurs fois leurs jeux dans le vent au dessus des vagues, ils descendent sur le sable; encore un moment pour un jeux au sol et ils partent à nouveau vers l'immensité.
"Les notes sont déterminées par l'intention du musicien. L'intention doit précéder les notes et les notes suivre l'intention."
Xu Shangying
**En écoutant la cithare
Qui donc, assis sur ce rocher
fait sonner la cithare à sept cordes?
La cascade se précipite dans la vallée,
une brise pure se lève de la forêt.
Cette mélodie du fond des âges
pacifie les tourments de mon coeur.
La musique sachève, je me retourne,
le parfum des pruniers en fleurs envahit la colline.
Zi Ru (Dinastie Qing)
*MEI HUA SAN NONG(trois variations sur les fleurs des pruniers)(Epoque Tang)(Fragment)
La fleur de prunier, blanche et parfumée, symbole de la pureté, annonce la renaissance liée au printemps. Une symbole de la légèreté et de la profondeur des differents niveaux de l'être naturel.
"Les doigts du musicien évoquent le mouvement des vagues. Légers, ils flottent sur le s cordes; les attaques sont élégantes et précises."
Ji Kang
**En accordant ma cithare de nuit dans la montagne
Quand brille la lune,
face aux nuages blancs,
jaccorde ma cithare.
La résonance secrète du paysage
na jamais été faite pour des oreilles vulgaires.
Wang Ji (Dinastie Tang)
*LIU SHUI (Eaux qui coulent)(Epoque Tang)
Les eaux qui coulent et se transforment en toute leurs possibilités, de la rosée à la pluie fine, de ruisseau au grande fleuve. On l'observe pendant une ascension entre vallées et montagnes.
"Quand les gens équilibrés et paisibles l'écoutent, ils se réjouissent intérieurement; graves et profonds, ils trouvent leur paix dans la Vaxuité et leur joie dans l'Age d'or; ils oublient les soucis de ce monde et se libèrent de leur corps."
Ji Kang
**La cithare
Le bois ancien de la cithare chante mystérieusement
Sa simplicité exprime le vrai
Comme si, derrière les doigts sur les cordes
lhomme immémorial se révélait à nous.
Le musicien peut éloigner la froidure de lhiver,
et susciter le retour du printemps.
Tant que naura cessé la Grande mélodie
qui donc pourra en dire le sens?
L'ENCHANTEMENT RELIGIEUX
*PU AN ZHOU (L'enchantement de Pu An)
Entre les montagnes un monastère bouddhiste. Les sons et les mélodies du rituel créent une atmosphère d'enchantement et de vision religieuse et nous accompagne encore pendant que on s'éloigne.
LE DETACHEMENT DE LA HAUTE ANTIQUITÉ
"Chen Zhi aimait tant le qin qu'il en jouait jour et nuit. Au bout de vingt-huit ans de ce régime, une fleur violette apparut soudain qui poussait de son instrument. Il la mangea et disparut, transformé en immortel.
Qinlianfang Qinya
**Lorchidée cachée
Tout le monde a entendu parler de lorchidée cachée,
mais son parfum se savoure en secret.
Jadis elle servait de parure aux sages,
de nos jours, hélas, sa senteur a deserté le royaume.
La rosée blanche est tombée tôt cette année,
le printemps prochain encore se fera attendre.
Comment pourriez-vous saisir le sens de cette fragrance,
Cui Tu (Dinastie Tang)
*YOU LAN (L'orchidée cachée) (Attribuée à Confucius)
Dans la pétite vallée cachée l'ancien sage repoussé par les monarques locaux observe une orchidée raffinée au milieu des hautes herbes sauvages dans une crevasse et compare à elle sa propre solitude et sa separation avec le monde.
L'EXTASE DE L'IMMERSION A NOUVEAUX DANS LA NATURE
"Sans goût cette musique est pourtant savoureuse comme l'eau qui goutte des stalactites"
Xu Shangying
**Inspiration sur le fleuve
Sur le fleuve jaccorde ma cithare précieuse.
Corde après corde les notes me purifient le coeur.
Quand les sept cordes résonnent parfaitement,
les arbres sur la rive répondent en frémissant.
La lune sur leau semble plus blanche,
le fleuve plus profond
Saviez-vous quune simple branche darbre
pouvait acquérir tant de valeur?
Chang Jian (Dinastie Tang)
Wang Changlin (Dinastie Tang)
*XIAO XIANG SHUI YUN (Eau et nuages sur les rivieres Xiao et Xiang)(Epoque Song du Sud)
En descendant à bord d'une fragile barque le grand fleuve, l'homme solitaire observe le paysage magnifique. Soudain le fleuve se mêle à un autre fleuve, le vent se lève, vapeurs et nuages viennent at envelopper les formes des rochers et des pins sur les versants escarpés. L'homme se tient fort à la barre et, traverse les rapides, prend à nouveau son chemin vers sa destination.
L'EBRIETE DONNE PAR LE NECTARE DE VIN
"Ce que vous ne parvenez pas à trouver dans les cordes, cherchez-le ailleurs et vous l'obtiendrez en abondance."
Xu Shangying
**Cithare et vin
Dans mes cordes la saveur de lAntiquité,
dans ma coupe de quoi boire mille jours!
Mon coeur pur rejoint les eaux du fleuve,
mon corps ivre déclenche le printemps.
Fan Zhongyan (Dinastie Song)
*JIO KUANG (Ebriété du vin) (Epoque Ming?)
Oubliées la politique et les affaires du monde, on lit des poemes, on danse avec le pinceau sur le papier et on jue au échecs au milieux de la nature; parmi plein de nectare de raisins je me suis donné un moment divin avec mes amis.
**Le son qui demeure
Suivant la corde de la cithare
ce son glisse vers le bas,
il voudrait glisser encore mais sarrête,
symbolisant le vide.
Deux doigts sappuyent, couleur du crépuscule.
La matière souvre,
les choses en ordre se produisent.
Une homme faisant fond à la foule
qui coule à son terme
étant elle-même sa propre référence.
Cet écho fait son plein de quiétude dans une autre planète
et reste le modèle toujours vivant.
Lhomme au coeur de lhomme
la matière au sein de la matière
ont gardé leur allure originelle.
XuHong
"Si réellement tu veux étudier la poésie, le véritable travail est en dehors du poéme."
Lu You